Pourquoi parle-t-on d’« or liquide » ou de « premier vaccin » ?
Le colostrum est le tout premier lait produit par la mère dans les heures qui suivent la naissance. Il est sécrété jusqu’à environ 24 à 48 heures après l’accouchement et se distingue nettement du lait maternel mature par sa composition, sa concentration et sa fonction biologique.
Chez le nouveau-né, et plus encore chez l’enfant prématuré, le colostrum constitue une ressource vitale, tant sur le plan nutritionnel qu’immunitaire. C’est pour cette raison qu’il est souvent qualifié d’« or liquide » ou de « premier vaccin ».
Une composition spécifiquement adaptée aux besoins du nouveau-né
Le colostrum n’est pas une version “préliminaire” du lait mature. Il s’agit d’une sécrétion unique, hautement concentrée en composants bioactifs, répondant aux besoins immédiats du nouveau-né, dont le système immunitaire est encore immature.
Sa composition varie notamment :
- selon le terme de la naissance,
- et s’adapte aux besoins spécifiques des enfants nés prématurément.
Les études montrent que la concentration en immunoglobulines est maximale dans les toutes premières heures après la naissance, puis diminue rapidement au cours des 24 premières heures .
Un rôle clé dans l’immunité précoce : le “premier vaccin”
À la naissance, le nouveau-né est particulièrement vulnérable sur le plan immunitaire. Le transfert passif d’anticorps par le colostrum joue alors un rôle fondamental.
Le colostrum est riche en :
- immunoglobulines, notamment IgA, IgG et IgM,
- facteurs immunomodulateurs,
- cellules immunitaires, dont des leucocytes.
Ces composants participent à la protection contre les agents pathogènes et à la mise en place d’une immunité passive, essentielle durant les premiers jours de vie. Les données montrent que la quantité de colostrum reçue dans les toutes premières heures est déterminante pour l’efficacité de ce transfert immunitaire, y compris chez les enfants prématurés .
Un soutien digestif et métabolique dès les premières heures
Au-delà de son rôle immunitaire, le colostrum soutient les fonctions digestives du nouveau-né.
Il possède notamment :
- des propriétés laxatives, favorisant l’élimination du méconium,
- un rôle dans l’élimination de la bilirubine, contribuant à réduire le risque d’ictère,
- une composition facilitant la première mise en route du tube digestif.
Son odeur, proche de celle du liquide amniotique, participe également à rassurer le nouveau-né dans ce nouvel environnement extra-utérin, favorisant la prise précoce.
Dans les premières heures de vie, les volumes ingérés sont très faibles – de l’ordre de quelques millilitres – mais leur impact biologique est majeur.
Un enjeu majeur pour les enfants prématurés
Les enfants nés prématurément présentent un risque accru d’infections et de complications digestives. Dans ce contexte, le colostrum joue un rôle encore plus central.
Les pratiques hospitalières montrent que l’administration précoce de colostrum, y compris sous forme de tapissage de la muqueuse orale ou digestive, permet :
- de renforcer le microbiote,
- de limiter la prolifération d’agents pathogènes,
- de réduire certaines complications, notamment les entérocolites,
- et de soutenir l’évolution clinique des nouveau-nés les plus fragiles .
Ces bénéfices expliquent le développement de protocoles spécifiques en néonatologie, intégrant le colostrum comme élément prioritaire de la prise en charge nutritionnelle et immunitaire.
Chaque goutte compte
Le colostrum concentre en un très faible volume des composants essentiels à la survie et au développement du nouveau-né. Les données montrent que la majorité du transfert d’immunoglobulines se joue dans les toutes premières heures suivant la naissance, soulignant l’importance d’un recueil, d’une conservation et d’une administration rigoureusement maîtrisés .
Chez les enfants prématurés, où chaque facteur de protection est déterminant, le colostrum n’est pas un simple complément : il constitue un véritable pilier de la prise en charge précoce.